Au risque de nous tromper, on va dire que l’école prédominante dans cette exposition de l’artiste Choukry Benmansour est le cubisme qui a connu ses heures de gloire dès 1904 pour toucher à sa fin dès le début de la première guerre mondiale. Art pictural, le cubisme a marqué aussi l’architecture très en vue en Tchécoslovaquie au début du siècle dernier. Souvent dans les arts plastiques, le hic, concernant le cubisme, est de savoir s’il faut regarder le tableau dans sa globalité ou dans ses détails. La plupart du temps, la forme générale que propose la toile ne renvoie à rien de particulier, ce qui excite à regarder les détails dans une tentative d’en tirer un sens. Cézanne, en 1904, disait : « Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d’un objet, d’un plan, se dirige vers un point central ». Soit. Mais dans l’œuvre de Benmansour, et si de cubisme il s’agit, aucun côté ne semble se diriger vers quelque point central. Multiformes, les cubes s’imbriquent, s’enlacent, se détachent et se rejoignent sans tendre vraiment vers quelque point que ce soit. Abstrait ? . Sûrement. Le même Cézanne disait que « le cubisme ouvre la voie de l’abstraction ».  Or, dès qu’on parle d’abstrait, la question semble curieusement résolue du fait que tout un chacun a la latitude de lire la toile comme il l’entend. Benmansour, lui, ne semble pas – c’est du moins l’impression qu’il donne – se complaire dans l’abstrait pour se débarrasser de toute explication de son œuvre et s’en remettre sur le spectateur pour le faire à sa place ; au contraire, il semble insister beaucoup plus sur la couleur que sur la forme et sa signification. D’ailleurs, il intitule son exposition « Luminescence ou la magie des couleurs ». C’est dire que, cubique ou pas, abstrait ou pas, le thème de l’exposition ne fixe pas un sujet à proprement dire, mais la couleur, avec ce jeu récurrent du rouge, du bleu et du jaune. Luminescence a tout l’air d’un travail mené artistiquement dans ce procédé dit phosphorescence, à cette différence près que ce procédé a besoin de lumière pour être, alors que la luminescence de Benmansour illumine même sans lumière.
Quoi qu’il en soit, les mots ne disent rien sur l’art pictural. Seul l’œil sait le lire. Par conséquent, il faut aller voir pour lire.
 
 
(*) A El Teatro, jusqu’au 7 décembre 2009

 

Auteur : M. Bouamoud